Bien des Québécois nés avant la Révolution tranquille gardent souvenir des veillées du samedi soir rythmées aux sons du violon et de l'accordéon. Témoins privilégiés de cette époque ancrée dans l'imagerie populaire, quatre générations de Verret de Lac-Saint-Charles ont perpétué jusqu'à nous un répertoire musical porteur de tradition. En 1952, Jean-Marie Verret, du haut de ses septs ans, écoute son grand-père Jean-Baptiste (1894-1955) et son père Jules (1916-1982) donner aux soirs une ambiance folklorique. Il prend goût à cette musique transmise de génération en génération par voie orale, sans écritures ni partitions. Aujourd'hui, Jean-Marie est gardien d'un important répertoire de pièces de notre patrimoine québécois, nombreuses d'entre elles n'ayant jamais été enregistrées ou transcrites. Du temps de Jean-Baptiste et de Jules, la sauvegarde des pièces passait uniquement par la mémoire auditive, la transmission du répertoire folklorique reposant sur l'oralité et sur l'apprentissage par l'oreille. Jules Verret pouvait interpréter au-delà de 500 morceaux, issus principalement du répertoire paternel. Jean-marie a hérité de ce bagage musical. Il estime connaître quelque 2000 pièces, puisant aussi à d'autres sources et créant ses propres compositions. Violoneux virtuose et compositeur de talent, plusieurs voient en lui le plus Québécois de nos violoneux. Son répertoire est immense et met en valeur les airs de quadrille du 19e et du début du 20e siècle. Son style hardi, agrémenté de vibrato, d'ornementations et de notes chromatiques ont fait de lui l'un des grands maîtres du violon au Québec. Désigné en 1998 par le renommée Fiddler Magazine comme l'un des meilleurs violoneux au monde, il remporte en 2004 le Trophée Aldor lors du festival La Grande Rencontre à Montréal, soulignant sa contribution exemplaire à la musique québécoise de source traditionnelle. Il a enregistré six albums et collaboré à trois documentaires : Hommage aux Montagnards des années 50 (1983), L'héritage de Marius Barbeau (1984) et La culture dans tous ses états (1998). Désigné en 1998 par le renommée Compositeur à ses heures, ses compositions restent dans le plus pur style du répertoire familial et authentique, comme Le reel à Jean-Marie Verret qu'on trouve sur le CD-ROM intitulé La traversée de l'Atlantique de La Bottine souriante. Reconnu internationalement, Jean-Marie Verret a exporté son répertoire familial partout au Québec, aux États-Unis et en Europe. Il a notamment été invité aux Îles Seychelles en 1992 pour représenter le Québec. Il est apparu à l'Ashokan Fiddle and Dance Camp dans l'état de New-York de 1995 à 2000 et au Smithsonian à Washington en 1995. En 2009, la Ville de Québec lui a remis le prix du patrimoine "Lauréat pour la catégorie porteurs de tradition". Il a également reçu le prix "Coup de cœur Desjardins" parmi 50 lauréats de la troisième édition des prix du patrimoine des régions de la Capitale nationale et des Chaudières-Appalaches. Ayant hérité des connaissances de son grand-père et de son père, il est le maillon actuel de la chaîne de transmission du répertoire folklorique qu'il transmet à son fils Martin, digne représentant de la quatrième génération de virtuoses de la famille Verret.  Nul doute que nos oreilles vibreront encore longtemps au son du violon de Jean-Marie Verret, un authentique porteur de tradition.

Prix du patrimoine de la Ville de Québec Édition 2009
Pour l'ensemble de son oeuvre de violoniste traditionnel dans la catégorie porteur de tradition

 
Jean-Marie Verret 
"Le Pape du Folklore québécois"
 
Jules Verret 
1916-1982

Né en 1916 à Lac-St-Charles, Jules Verret vient d’une famille où la musique est très présente.  Son père, Jean-Baptiste, joue notamment de l’accordéon et son oncle, Roméo, est un violoneux renommé.  Le jeune garçon apprend donc à manier l’archet dès l’âge de dix ans, initié par un ami de son père, Pierre Verret, surnommé « Pit Jornoch ».  Bûcheron de métier, cet excellent violoneux de Saint-Émile lui transmet également un répertoire unique de quadrilles français. C’est avec ce répertoire que Jules Verret entreprend sa carrière « publique », vers l’âge de dix-sept ans, jouant dans les soirées dansantes de Lac-Saint-Charles pendant une vingtaine d’années.  Accaparé par son travail dans la construction et par ses obligations familiales- treize enfants naissent de son mariage avec Simone Rhéaume, il décide, à l’âge de trente-cinq ans, de ne plus jouer en public.  Dorénavant, on pourra l’entendre seulement chez lui, dans sa maison du chemin du village, aujourd’hui Avenue du Lac-Saint-Charles.

Même si Jules n’a jamais fait de tournée, sa renommée s’étend bien au-delà des limites de Lac-Saint-Charles, grâce notamment à la sortie d’un disque, en 1974.  Sa réputation est telle que plusieurs musiciens se déplacent pour l’entendre dont Jos Bouchard et Ti-Jean Carignan, toujours « très ému par le jeu de Jules ».

Considéré comme l’un des plus grands violoneux du Québec, Jules Verret meurt en 1982, âgé de soixante-six ans.  L’un de ses fils, Jean-Marie, reprend le flambeau en jouant, entre autres, le répertoire exceptionnel que lui a transmis son père.  Son fils Martin, violoniste de profession, assure lui aussi la continuité de l’héritage familial.

Sources principales : Entrevue avec Jean-Marie Verret, 31 août 2006; Éric Noël, Lac-Saint-Charles, 1964-1996.  Lac-Saint-Charles, Société historique de Lac-Saint-Charles, 1996.

La mairesse de Québec, Madame Andrée Boucher, a eu l’honneur de dévoiler dix-huit plaques commémoratives « Les gens de Québec se souviennent » à la mémoire de personnalités ayant vécu à Québec et s’étant illustrées dans différents champs d’activité, le jeudi 14 septembre 2006 à 16h30, en la salle du Conseil municipal

« Les gens de Québec se souviennent »

Cette série d’épigraphes a été réalisée grâce au soutien de l’Entente de développement culturel intervenue entre le ministère de la Culture et des Communications et la Ville de Québec.

 
Jean-Baptiste Verret 
1894-1955

Bien des Québécois nés avant la Révolution tranquille gardent souvenir des veillées du samedi soir rythmées aux sons du violon et de l’accordéon. Témoins privilégiés de cette époque ancrée dans l’imagerie populaire, quatre générations de Verret de Lac Saint-Charles ont perpétué jusqu’à nous un répertoire musical porteur de tradition. Nous sommes en 1952, du haut de ses sept ans, Jean-Marie prend goût à la musique. Il écoute son grand-père Jean-Baptiste (1894-1955) et son père Jules (1916-1982) donner aux soirs une ambiance folklorique. Longtemps avant la naissance de Jean-Marie,grand-père Jean-Baptiste, celui par qui le goût de la musique arrivera, rencontre un certain Pierre, dit Pit-Jornoche (1863-1937). Déjà rompu aux accents de l’accordéon, il est sur l’heure captivé par les sonorités du violon de Pierre. Cet enthousiasme partagé fait bientôt naître une amitié durable entre les deux hommes. Des chantiers forestiers où ils travaillent comme bûcherons jusque chez Jean-Baptiste, ils trimballent l’un son violon, l’autre son accordéon. Plus tard, Jules, fils de Jean-Baptiste et père de Jean-Marie, fera l’acquisition de son premier violon en troquant une corde de bois. Comme quoi la forêt et la musique sont intimement liées pour ces hommes. La flamme pour le violon et les quadrilles français que Pierre avait allumée dans ce coin de pays appelé Lac St-Charles s’est perpétuée grâce à ces hommes animés par le goût de la musique traditionnelle. D’autres influences se sont greffées à ce lexique musical, entre autres celle de Jos Bouchard de Charlevoix, de Théodore Duguay de Québec et des « vieux » de Stoneham. À onze ans, Jean-Marie adopte le violon, comme son père Jules l’avait fait avant lui, et prend la route privilégiée de la famille Verret. La musique folklorique devient le lieu inévitable vers où se tourner, non seulement parce qu’elle est alors populaire et appréciée, mais parce qu’elle répond à un penchant pratiquement inné. Jean-Marie n’aurait pas pu envisager la pratique d’un genre musical : «Quand j’avais entendu jouer mon père, je ne voulais pas jouer autre chose». Ce savoir, ce savoir-faire et ce goût naturel se transmettrent spontanément de génération en génération. Lorsqu’un enfant trouve intérêt dans la musique de son parent, qu’il montre des aptitudes, le patrimoine est légué. Les gens du village, s’ils ont vent de cette disposition de l’enfant, considèrent dès lors que la tradition familiale se poursuit, que la relève est assurée. Le talent du jeune musicien et sa passion naissante feront le reste.

Le violoneux Jean-carignan et l'accordéoniste Yves Verret lors de "La veillé des veillées" à Montréal en novembre 1975.

La musique dans l’oreille

Du temps de Jean-Baptiste et de Jules, la sauvegarde des pièces passe uniquement par la mémoire auditive, la transmission du répertoire folklorique reposant sur l’oralité et sur l’apprentissage par l’oreille. À ce sujet d’ailleurs, Jean-Marie raconte que son oncle Yves demandait d’écouter un 78 tours lorsqu’il se rendait chez St-Cyr, un disquaire de la rue Saint-Joseph à Québec, et qu’il exécutait la pièce sur son violon de retour à la maison! Grâce à cette habileté manifeste que démontrent les musiciens de la famille Verret, le répertoire s’est constamment enrichi. Malgré le fait que plusieurs pièces de Jean-Baptiste « ont été amenées dans la terre lorsqu’il est décédé », Jules pouvait interpréter au-delà de 500 morceaux, issus principalement du répertoire paternel. Jean-Marie, qui a hérité de ce bagage musical, estime connaître quelque 2000 pièces, puisant aussi à d’autres sources et créant ses propres compositions. Ce cumul du répertoire musical traditionnel est rendu possible grâce à un nouvel outil fort précieux : le magnétophone. Jean-Marie est le premier des Verret à s’en procurer un, ce qui lui sert à conserver et à reproduire les pièces autrefois jouées par son père. Le magnétophone lui permet de discerner les variations les plus délicates, plus subtiles ainsi que la précise harmonie. L’enregistrement et l’écoute au ralenti facilitent la juste interprétation. La famille a désormais de quoi garantir la restitution de sa musique à ses propres membres. En fait, plusieurs sont enclins à la pratique musicale. Frères, sœurs et enfants grandissent parmi les instruments, les accents du folklore, style musical qu’ils estiment devant tous les autres. Lise, sœur cadette de Jean-Marie, accompagne les siens au piano, tant en spectacle qu’en enregistrement. De son piano, elle voit à travers son neveu Martin naître une quatrième génération de musiciens chevronnés.

La tradition se poursuit

À son tour, Martin emprunte effectivement les traces de son père, Jean-Marie. Déjà, à quatre ans, il joue de la cuillère lors des soirées dansantes. Porté par l’univers musical traditionnel familial, il hasarde quelques notes, quelques voix sur le violon de son frère aîné qui, bien que curieux, ne manifeste pas un enthousiasme marqué pour le violon. En revanche, Martin, talentueux, s’engage à perpétuer une tradition de trois générations. Dès l’âge de cinq ans, son père l’inscrit à des cours privés. Puis, en 1988, ce sont les études au Conservatoire de musique de Québec. Les deux cheminements, le classique et le folklorique, le rendent polyvalent. Il voulait apprendre la technique et la notation pour parfaire son jeu et avoir accès à toutes les formes de musique, mais sa passion véritable demeure le folklore qui a baigné son enfance. Il garde le goût de cette musique sans partitions, qui se transmet et qu’on apprend par voie orale. « Moi, ce que j’ai gardé de l’héritage se fait encore oralement. Ce n’est pas de la musique écrite. L’âme, l’harmonie qu’on écoute, ce n’est pas juste une question de notes. C’est la manière d’interpréter qu’on ne peut pas écrire. Cette musique, il faut vraiment la voir. Il n’y a pas d’écrits qui peuvent expliquer comment ça se jouait ». Bien que la musique folklorique soit transmise de la même manière de père en fils, Jean-Marie estime que le changement de générations, le vécu de chacun et les différentes façons de vivre ont une importance fondamentale sur le rendu des pièces. Apporter sa nuance enrichit assurément le folklore. Chacun, selon ses manières propres et son senti particulier, confère aux morceaux des allures différentes tout en maintenant vivants les accents typiques d’un répertoire unique dont la famille est dépositaire. Ce patrimoine familial, soigneusement conservé, jalousement préservé, est inestimable au sein de la lignée. Sa transmission mène à bon port, semble-t-il. Martin a de fidèles et profondes intentions, « il est arrivé avec la continuité », il est dorénavant figure de cette continuité.

Le Quadrille

Les pièces traditionnelles du Québec se catégorisent en divers genres musicaux, souvent associés à un type de danse, dont les plus courants sont : le reel, la marche, la gigue, les six-huit, la valse et le quadrille. Le quadrille, apparu en France au début du XIXe siècle et repris par l’Angleterre, est formé de la réunion de cotillons populaires dansés à la fin du XVIIIe siècle. Le mot « quadrille » dérive d’ailleurs du nom porté à l’époque par les danseurs de l’opéra Escadrille. Alors qualifié de pot-pourri, il est développé en plusieurs phases dont l’appellation diffère d’une région à l’autre. Celui de Lac St-Charles évolue en six parties, à savoir : « La chaîne du reel », « Les quatre coins », « Le salut », « L’homme à deux femmes », « La galope » et « La bistringue ». Entamé par un six-huit, le quadrille se poursuit sous des rythmes variables marqués par un certain lyrisme. Principalement répandu dans l’Est du Québec, le quadrille se retrouve de Portneuf au Saguenay et de Lotbinière à la Gaspésie

 
Presse
Martin Verret
23 juin 1993
Saint-Jean-Baptiste sur les Plaines d'Abraham
AQLF
50 ans de musique traditionnelle
22 juillet 1993
Auvergne, France
Décembre 2001 - Janvier 2002
Prestige, Le Magazine de Québec
1996
Lac-Saint-Charles 1946-1996, Éric Noël, Ouvrage publié à l'occasion du cinquantenaire de Lac-Saint-Charles, Société Historique de Lac-Saint-Charles

 
16 décembre 2006
Journal L'Actuel - Le violon dans le sang 
Hiver 2001-2002
Continuité, Le Magazine du Patrimoine au Québec
24 novembre 2008
Journal de Québec - Entrevue avec Martin Verret à l'occasion de ses 25 ans de carrière musicale 
Jean-Marie Verret
13 juin 2009
Prix Coup de coeur lors de la 3e édition des Prix du patrimoine des régions de la Capitale-Nationale et de la Chaudière-Appalaches
 
10 mai 2009
Prix du Patrimoine 2009 de la Ville de Québec
27-30 mai 2004
La Grande Rencontre, Montréal  
2003
Carrefour Mondial de l'Accordéon, Biographie, Montmagny 
9 novembre 2000
Le Soleil  
6-8 Août 1999
Champlain Valley Folk Festival, University of Vermont, Bulrington, VT
8-12 octobre 1998
Festival International des Arts Traditionnels, Québec 
19-24 juin 1998
La Grande Rencontre, Montréal
28 février - 2 mars 1997
Musique dans Frontières. Internationaal Workshopweekend voor harmonikaspelers en violisten, Amsterdam, Pays-Bas
30 septembre - 2 octobre 1994
Festival des Violons d'Amérique, Salaberry-de-Valleyfield
25 juin 1994
Soka University of America, Los Angeles, Californie
24-26 juin 1994
14th Annual Summer Solstice Folk Music, Dance & Storytelling Festival, Calabasas, Californie
1993
Le Journal de Québec
22-25 juillet 1993
Festival des Arts Traditionnels, Québec 
2-3 juillet 1993
Festival of American Fiddle Tunes, Port Townsend, WA
20 décembre 1992
Le Peuple Côte-Sud
27-31 octobre 1992
Festival de la musique Kréol, Îles Seychelles
Été 1990
Musée de la Civilisation, Place Royale, Québec
11 novembre 1989
Symposium de Folklore de Lévis-Lauzon
13 décembre 1980
Musée des Beaux-Arts, Montréal, La Presse
27 mars - 2 avril 1977
La Grannnnde Semaine, Cégep de Limoilou, Québec
23 juin 1974
Journal de Québec, Comment fêter la Saint-Jean !

14, Chemin de l'Éclaircie

Lac-Beauport, Québec

G3B 0Z1

Téléphone: 418.955.8621
Courriel: info@martinverret.com

 

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